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Mercredi, 12 Janvier 2011

Homélie

 

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Samedi 24 décembre 2011, messe de la Nuit de Noël Année B

Les mots que tu nous dis surprennent nos attentes.
Mais qui es-tu, Jésus, pour nous parler ainsi ?
Viens-tu aux nuits pesantes donner le jour promis ?
Es-tu celui qui vient pour libérer nos vies ?

 

Noël : « une invitation à revenir aux choses essentielles de la vie »

 

eveque.jpgEn cette nuit, nous célébrons la naissance de Jésus. Nous sommes invités à nous approcher de Jésus enfant, à méditer la signification de la naissance de cet enfant qui a pour le moins marqué l’histoire de l’humanité, et nous le pensons, a modifié l’histoire de l’humanité.

Noël est fêté dans presque tous les pays du monde, même dans les régions du monde où les chrétiens sont peu nombreux. Je sais que souvent les raisons en sont essentiellement commerciales et qu’il y a une certaine confusion entre Jésus et le père Noël. Cependant, pour beaucoup, Noël est le moment où l’on se retrouve en famille, quand elles ne sont pas divisées. Noël, c’est la fête des enfants, c’est la fête de la lumière, on offre des cadeaux. Pour d’autres, c’est le moment où on évoque les aspirations à la paix. En réalité, tout cela n’est pas faux, mais peut rester très artificiel si nous en oublions l’origine. Noël, c’est la fête des enfants car Dieu s’est fait enfant. A Noël, nous nous retrouvons en famille quand c’est possible car Dieu est né dans une famille. Noël est le moment où nous illuminons nos rues, nos maisons car Jésus est la lumière du monde. Noël est le temps où nous évoquons la paix car Jésus a reçu le titre de Prince de la Paix. C’est lui qui réconcilie l’homme avec Dieu, et les hommes entre eux.

La fête de Noël est une invitation à revenir aux choses essentielles de la vie. Nous vivons une période difficile, particulièrement dans le monde occidental. On parle de crise économique. En réalité, nous sommes face à une profonde transformation de nos sociétés qui provoque angoisse et inquiétude. Cela ne se fera sans doute pas sans douleur, sans que nous soyons conduits à nous poser des questions fondamentales, sans que nous changions de mode de vie. La tentation peut être le repli sur soi, chacun défendant son intérêt propre, immédiat. On peut aussi être tenté par la violence. En réalité, les difficultés de notre époque peuvent aussi être reçues comme une invitation à la conversion, à la manière du jeune fils prodigue qui face à la détresse dans laquelle il est, entre en lui-même, se met à réfléchir et se souvient de la maison de son père. Le temps de Noël est un moment propice pour s’interroger sur ce qui est l’essentiel de nos vies, sur quoi, sur qui nous voulons fonder notre vie personnelle, familiale et aussi sociale. En quoi, à qui pouvons-nous faire confiance ?

Nous avons entendu le récit de la Nativité. Je voudrais commenter quelques éléments de ce récit. Il s’agit d’un évènement historique, situé dans le temps. Auguste était empereur et Quirinius était gouverneur de Syrie dans un lieu précis qui est Bethléem. La naissance de Jésus n’est pas un mythe ou une belle histoire intemporelle. C’est un évènement qui se situe à un moment précis de l’histoire, dans un lieu précis. L’empereur Auguste voulait recenser toute la terre. Il voulait compter tous les hommes. Cette remarque peut peut-être éclairer ce qu’est le mystère de l’Incarnation. Si l’on pouvait compter toute l’humanité, ceux qui sont venus avant nous, ceux qui nous succèderons, un d’entre nous est Dieu. Dieu s’est fait homme. Il s’est fait l’un d’entre nous. L’enfant Jésus que Marie porte en son sein, l’enfant qu’elle porte dans ses bras, cet enfant est le sien, mais c’est aussi son Dieu. Une créature a engendré son créateur. L’enfant est emmailloté et déposé dans une mangeoire. Déjà l’eucharistie est annoncée. Cet enfant se fera notre nourriture pour que nous ayons la vie éternelle.

Après avoir entendu la proclamation de l’ange « aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David, il est le Messie Sauveur » (Lc 2, 11), les bergers sont les premiers à accueillir la venue du Sauveur. Les bergers sont les modèles même des veilleurs, des personnes vigilantes. Le message pouvait donc les rejoindre car précisément, ils étaient réveillés. Nous devons nous réveiller nous aussi, nous devons devenir des personnes vigilantes. Qu’est-ce que cela signifie ? Quelle est la différence entre celui qui dort ou celui qui est réveillé ? Celui qui dort est dans le rêve, il se trouve dans un monde à part, avec son moi. Se réveiller signifie sortir de cet enfermement en soi pour entrer dans le réel. Les conflits dans le monde, les difficultés relationnelles proviennent du fait que nous sommes enfermés dans nos propres intérêts, nos propres opinions personnelles. Il nous faut sortir de nous-mêmes pour écouter l’autre, pour écouter Dieu. Se réveiller signifie développer sa sensibilité pour Dieu, pour les signes silencieux par lesquels il veut nous guider, nous parler.
Suite à l’annonce de l’ange, les bergers iront à Bethléem. La suite du texte que nous venons d’entendre dit qu’ils y allèrent rapidement. Ce qui leur était annoncé était si important qu’ils devaient se mettre en route immédiatement. Là encore, ils sont pour nous des modèles à imiter. Dans notre vie ordinaire, la majorité des hommes ne considère pas comme prioritaire les affaires de Dieu. Celles-ci ne nous pressent pas immédiatement. Nous sommes disposés à les renvoyer à plus tard. Dans la liste des priorités, Dieu se trouve souvent presque à la dernière place. Il sera toujours temps de s’en préoccuper pensons-nous. Nous avons peut-être à apprendre des bergers à ne pas nous laisser écraser par les choses urgentes de la vie quotidienne. Nous avons à apprendre d’eux la liberté intérieure de mettre au second plan les autres occupations pour nous approcher de Dieu, pour le laisser entrer dans nos vies et dans notre temps. Le temps consacré à Dieu, et à partir de lui à nos frères, n’est jamais du temps perdu.

Pour entrer dans le mystère de Noël, il nous faut entrer dans un certain silence. Le risque est de rester à la surface des choses, dans la superficialité. Il y a un passage du livre de la Sagesse qui s’applique immédiatement à la fête de Noël : « un silence paisible enveloppait tous les êtres, et la nuit était au milieu de sa course. Alors la Parole toute puissante s’élança du trône royal. » (Sag 18, 14) Noël nous appelle à entrer dans le silence de Dieu. Son mystère reste caché à autant d’hommes parce qu’ils ne savent pas trouver le silence dans lequel Dieu agit. Pour ce silence, se taire ne suffit pas. Car on peut ne prononcer aucune parole et pourtant être détourné par l’agitation intérieure. On peut se taire alors qu’il y a beaucoup de bruit en soi. Faire silence signifie trouver un nouvel ordre intérieur. C’est-à-dire ne pas seulement se préoccuper du paraître ou de l’image que l’on veut se donner. Le silence veut dire développer ses sens intérieurs, celui de la conscience, celui de l’infini en nous, celui de l’écoute de Dieu.

Le danger de notre époque est que nous avons tout sauf l’essentiel, nous avons beaucoup de technique mais peu d’âme, beaucoup de savoir mais un cœur vide de contenu, une extinction de la capacité d’entendre la voix de Dieu en nous, de discerner et reconnaître le bon, le beau, le vrai. En cette nuit de Noël, laissons Dieu parler à notre cœur. Et ce que Dieu dit à l’humanité, c’est Jésus. Il est la Parole de Dieu. « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » (Jn 1, 14) Jésus est la Parole de Dieu. « La Parole éternelle s’est faite petite – si petite qu’elle peut entrer dans une mangeoire. Elle s’est faite enfant, afin que la Parole devienne pour nous saisissable ». À présent, la Parole n’est pas seulement audible, elle ne possède pas seulement une voix, maintenant la Parole a un visage, qu’en conséquence nous pouvons voir : Jésus de Nazareth. » (Benoît XVI, Verbum domini, n°12) Dieu vient nous parler, il entre en dialogue avec nous. Il entre en conversation avec nous. En regardant l’enfant dans la crèche, en regardant sa mère Marie, en regardant Joseph, les bergers, laissons Dieu nous parler.

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière » dit la lecture d’Isaïe. (Is 9, 1) « La gloire du Seigneur les enveloppe de sa lumière » dit l’évangile à propos des bergers. (Lc 2, 9) Cette lumière n’est pas totale et éclatante. Mais c’est une clarté qui s’allume dans la nuit et se répand à partir d’un point précis de l’univers, la crèche, un enfant. C’est une lumière qui transperce les ténèbres.
Noël est aussi une invitation à recevoir la lumière et à la rayonner. Jésus dira lui-même « je suis la lumière du monde, celui qui marche à ma suite ne demeure pas dans les ténèbres. » (Jn 8, 12) Cette lumière est l’Amour même de Dieu. Dieu nous a tant aimés qu’il s’est fait extrêmement proche de nous. Dieu n’est pas loin de nous, inconnu, énigmatique, voire dangereux. Dieu est proche de nous, si proche qu’il se fait enfant. On ne peut avoir peur d’un enfant. Dieu ne s’impose pas, il n’entre pas par la force mais comme un enfant. Il demande à être accueilli. Dieu ne vient pas avec force, mais il vient dans l’impuissance de son amour. Il nous demande notre amour. Il nous invite à devenir petits nous aussi, à descendre de nos trônes élevés et à apprendre à être des enfants devant Dieu. La grandeur de Dieu est de s’être fait petit. La puissance de Dieu est d’être entré dans la fragilité. Pour le comprendre, il nous faut nous-mêmes reconnaître notre petitesse et notre fragilité. Nous avons tant de difficultés à accepter la limite. Nous avons tous des limites, intellectuelles, affectives, physiques, historiques, des limites liées aux blessures de la vie, aux blessures que nous avons parfois infligées aux autres. En entrant dans les limites humaines, dieu vient comme nous réconcilier avec nos propres fragilités. Elles peuvent ainsi devenir le lieu de la rencontre avec l’amour de Dieu, le lieu où nous apprenons à aimer. Il nous demande d’avoir confiance en lui et d’apprendre ainsi à vivre dans la vérité et l’amour.

Accueillir cette lumière consiste à nous laisser éclairer pour rayonner nous-mêmes de cette lumière. C’est se laisser atteindre par cet amour, laisser notre vie en être transformée, nous laisser transformer par la grâce de Noël. En réalité, ce que l’enfant Jésus attend de nous, c’est que nous croyons en lui, que nous nous laissions éclairer par lui et que nous vivions avec lui, et qu’ainsi nous lui ressemblions de plus en plus. Laissons-nous changer, transformer par lui. Ce n’est que si les hommes changent que le monde changera. Pour changer, nous avons besoin de la lumière qui vient de Dieu. Nous avons besoin de cette lumière qui de façon si incroyable est entrée dans la nuit de notre monde. Une lumière a resplendi dans les ténèbres. Que cette lumière entre aussi dans chacun de nos cœurs.

 

                  

Mge Yves Le Saux

 Dimanche 25 décembre 2011, messe de du jour  de Noël Année B

 

«Le Verbe s’est chair, il a habité parmi nous ».

notre_eveque.jpgEn ce matin de Noël, nous sommes invités à la joie et à l’émerveillement. « Éclatez de joie, ruines de Jérusalem, car le Seigneur a consolé son peuple » nous dit la lecture d’Isaïe (Is 52, 9) Que la joie et la consolation de Noël atteigne nos cœurs.

Nous venons d’entendre la proclamation du magnifique prologue de St Jean. Lors de la messe de la nuit, nous avons entendu le récit de la Nativité, avec Marie, Joseph, les bergers, les anges dans le ciel. Aujourd’hui, le mystère de Noël nous est présenté d’une autre manière. Qui est cet enfant qui vient de naître ? « Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le verbe était Dieu…Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » (Jn 1)
Permettez-moi quelques réflexions à partir du texte de St Jean.

Dieu parle. « Dieu invisible, dans l’immensité de sa charité, s’adresse aux hommes comme à des amis et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion » nous dit le Concile Vatican II (Dei verbum, n°2) L’auteur de l’épître aux Hébreux nous dit que « souvent, par le passé, Dieu a parlé à nos pères par les prophètes sous des formes fragmentaires et variées ; mais, dans ces jours où nous sommes, il nous a parlé par ce fils » (Hb 1, 1)

La Parole de Dieu est devenue quelqu’un. La Parole éternelle qui s’exprime dans la création et se communique dans l’histoire du Salut est devenue dans le Christ un homme né d’une femme. La Parole ne s’exprime plus ici d’abord à travers un discours, fait de concepts et de règles. Ici, nous sommes mis face à la personne même de Jésus. Son histoire unique et singulière est la Parole définitive que Dieu dit à l’humanité. Dieu veut nous parler. Il a quelque chose à nous dire, il nous invite à entrer en dialogue avec lui. Et ce qu’il dit, c’est Jésus. En nous approchant de l’enfant Jésus, en essayant de comprendre le récit de la naissance du Christ, en regardant l’enfant et sa mère, laissons Dieu nous parler. Le temps de Noël est une invitation à entrer en conversation avec Dieu. Cela suppose un certain silence, une écoute.

«  Le Verbe s’est chair, il a habité parmi nous. » Je ne suis pas sûr que nous ayons pris la mesure de ce qui se passe dans le mystère de l’Incarnation. Je ne suis pas sûr que nous nous rendions compte de ce que signifie « il s’est fait pauvre de riche qu’il était  » (2 Cor 8, 9), lui qui est « Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, engendré non pas créé, consubstantiel au Père, celui par qui tout a été fait. » Le créateur a choisi de se faire créature, un avec nous, semblable à nous, d’être dépendant des autres, d’avoir besoin de nourriture, de vêtements à porter, d’avoir besoin de repos, d’être fatigué comme nous. Il est un avec nous en toutes choses, par amour pour nous. Dieu qui est sans limite entre dans la limite humaine. Il assume toute la limite humaine. Dieu immensément grand s’est fait tout petit. Nous avons tous des limites physiques, psychiques, intellectuelles, historiques. Nous avons, en réalité, beaucoup de mal à les accepter et à les gérer. Dieu qui est sans limite entre dans les limites humaines pour nous rejoindre, comme pour nous réconcilier avec nos propres limites. La grandeur de Dieu est de s’être petit. La puissance de Dieu est sa fragilité. Elle se manifeste dans la fragilité de l’enfant, plus tard dans la fragilité du condamné sur la croix, et aussi dans la fragilité de l’eucharistie quand il se livre entre nos mains.
Dieu s’est fait petit pour nous. Dieu ne vient pas avec force extérieure, avec violence, mais il vient dans l’impuissance et son amour qui constitue sa force. Il se livre entre nos mains. Il nous demande notre amour. Il nous invite nous aussi à devenir petit, à descendre de nos trônes élevés et à apprendre à être des enfants.
Dieu s’est fait petit. Pour pouvoir le rencontrer, cela exige que nous soyons petits. C’est ce qu’a compris de manière admirable Thérèse de l’Enfant Jésus. Toute sa vocation est construite sur l’invitation de Jésus à se faire petit. « Que celui qui est petit vienne à moi  » (Pr 9,4) C’est pour cela que Jésus exulte de joie quand il constate que Dieu ne se révèle pas aux sages et aux savants, mais aux tout-petits. (Mt 11, 25-30) Ce sont les hommes cultivés et puissants qui possèdent les connaissances importantes. Ils les transmettent aux gens simples, aux petits. Dieu se révèle aux petits. Nous avons à écouter les petits, à nos laisser enseigner par les petits au milieu de nous. Mais que signifie être petit ? Quelle est cette petitesse qui permet à l’homme d’entrer dans la relation avec Dieu ? Une des béatitudes dit « heureux les cœurs purs car ils verront Dieu. » (Mt 5, 8) C’est la pureté du cœur qui permet de reconnaître le visage de Dieu. C’est avoir un cœur d’enfant sans la présomption de celui qui s’enferme en lui-même, pensant n’avoir besoin de personne, pas même de Dieu. Être petit ne veut pas dire être sans consistance, ou simpliste, inintelligent, sans personnalité. Cela signifie être à sa juste place, être dans le réel, être dans la vérité par rapport à soi-même et aux autres. « L’humilité, c’est la vérité » disait le Curé d’Ars. Il nous faut donc renoncer à nos artifices pour nous présenter devant Dieu comme nous sommes, à la manière de Zachée qui est invité à descendre de son arbre pour accueillir Jésus dans sa maison.

« Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » signifie aussi qu’il s’est approché de nous. Il s’est fait proche de nous. Il se rend accessible. On posera à Jésus la question : qui est mon prochain ? Jésus répondra par la célèbre parabole du bon samaritain qui ne s’écarte pas de l’homme blessé sur le chemin, mais s’approche de lui. (Lc 10, 29-37) Mon prochain est celui dont je décide de m’approcher. En Jésus, Dieu s’est approché de nous. Sommes-nous disposés à ce qu’il prenne soin de nous ? Sommes-nous disposés nous-mêmes à nous approcher de nos frères, en particulier de ceux qui souffrent ?

« Le Verbe s’est fait chair » signifie que Dieu assume toute la réalité humaine, le temps, l’espace, la limite, le corps, la souffrance. Le Concile Vatican II a une formule magnifique : le Fils de Dieu « a travaillé avec des mains d’homme, il a réfléchi avec une intelligence d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme.  » (GS, n°22) En contemplant l’humanité du Christ, nous avons accès à Dieu. Mais plus surprenant encore, Dieu devient imitable. Nous avons un modèle pour apprendre à vivre, pour apprendre à aimer comme Dieu aime.

Le Prologue de St Jean nous dit aussi : « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui a conduit à le connaître. » (Jn 1, 18) C’est vrai. Dieu, personne ne l’a jamais vu. Et l’Ancien Testament nous dit qu’on ne peut pas voir Dieu sans mourir. Et plus tard, dans la première épître de St Jean, il nous est dit qu’au ciel nous verrons Dieu tel qu’il est, et alors nous lui ressemblerons. (1 Jn 3, 2) Cependant, lors du dernier repas de Jésus avec ses disciples, l’apôtre Philippe demandera à Jésus : « montre-nous le Père et cela nous suffit. » Jésus lui répondra : « Qui m’a vu a vu le Père. » (Jn 14, 8-9) Dieu invisible s’est rendu visible à nos yeux. Quand nous voyons Jésus, nous voyons Dieu. Quand nous voyons Jésus enfant dépendant de Marie et de Joseph, quand nous voyons Jésus prêcher, guérir les malades, nous voyons Dieu. Quand nous voyons Jésus pleurer, souffrir l’angoisse, Jésus agonisant et mourant sur la croix, nous voyons Dieu. Quand nous voyons Jésus aimer, nous voyons comment Dieu aime. En ce matin de Noël, je vous invite à écouter Dieu qui parle, à vous laisser atteindre par Dieu qui s’approche de vous, à regarder Dieu qui se rend visible à vos yeux. Et sans doute, laissons-nous libérer de nos fausses images de Dieu.

Nous vivons une période difficile, particulièrement dans le monde occidental. On parle de crise économique. Pour beaucoup, l’avenir est incertain. Nous oublions qu’une large part de l’humanité vit dans des situations de précarité depuis toujours. Mais l’Europe s’en était protégée. En réalité, nous sommes face à une profonde transformation de nos sociétés qui provoque angoisse et inquiétude. Avec la tentation de nous replier sur nous-mêmes, ou de ne défendre que nos intérêts personnels et immédiats. Il y a aussi la tentation de la violence. En réalité, nous sommes conduits à nous interroger sur quelles valeurs nous voulons construire l’avenir. Nous pouvons aussi accueillir ces temps plus difficiles comme un appel à la conversion.

Que la fête de Noël où nous fêtons la naissance de Jésus qui est né dans une famille modeste, dans des conditions précaires, que notre contemplation du mystère de l’Incarnation où Dieu se révèle dans la fragilité humaine, soit source d’espérance et une invitation à revenir aux choses essentielles. Une lumière a jailli dans les ténèbres. Que la lumière de Noël transforme nos cœurs, qu’elle soit pour nous source de paix.
Ce que l’enfant Jésus attend de nous, c’est que nous croyons en lui, que nous nous laissions éclairer par lui, et que nous vivions avec lui. Qu’ainsi nous lui ressemblions de plus en plus.

Je vous invite à mettre votre confiance en l’enfant qui vient de naître.

 

Mgr Yves Le Saux Evêque du Mans

 

Lundi, 09 Mars 2009

Homélie

 

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Dimanche 27 novembre 2011 1er dimanche de l'Avent  Année B

Les mots que tu nous dis surprennent nos attentes.
Mais qui es-tu, Jésus, pour nous parler ainsi ?
Viens-tu aux nuits pesantes donner le jour promis ?
Es-tu celui qui vient pour libérer nos vies ?

 

              

pierre.jpgFrères et sœurs,

Nous rentrons aujourd’hui dans le temps de l’Avent que nous présentons volontiers comme le temps de l’attente et de la préparation. De manière générale, quoi que cela puisse dépendre des tempéraments, nous n’aimons pas trop attendre et patienter. Nous pensons que c’est une perte de temps inutile voire pénible. Et pourtant, nous éprouvons parfois le besoin de respirer un peu, de prendre de la distance par rapport à nos activités habituelles et à notre rythme. Le temps de l’Avent permet cette pause même si nous continuons à travailler et à mener nos diverses activités. Les textes bibliques de ce dimanche nous en indiquent le sens.

Le refrain du psaume que nous avons chanté exprime la signification essentielle du temps de l’Avent : « Dieu, fais-nous revenir ! Que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés ». Cette prière se trouve d’ailleurs prolongée par le prophète Isaïe qui adresse à Dieu cette interrogation : « Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de ton chemin ? » Si nous sommes assez humbles et honnêtes, nous reconnaissons en effet que nous ne réalisons par absolument la volonté de Dieu, du moins nous arrive-t-il d’emprunter d’autres chemins que celui qu’il nous indique. Le temps de l’Avent nous permet alors de redonner sens à notre vie et de retrouver la bonne direction à suivre. Isaïe parle ainsi à Dieu : « Tu es, Seigneur, notre Père, notre Rédempteur ». Ce dernier mot, sans doute un peu étrange, pourrait se traduire par celui de Sauveur. Nous reconnaissons que Dieu vient nous sauver. Encore faut-il que nous ayons envie d’être sauvés et que nous sachions de quoi nous avons besoin d’être sauvés. Il peut s’agir du péché, du mal, de la paresse, de l’ignorance, de la bêtise, de la jalousie, de l’égoïsme, de la peur… Pourquoi, dès lors, ne pas profiter du temps de l’Avent pour nous demander quels sont les freins les plus puissants à notre marche vers Dieu qui, lui, vient déjà vers nous ? Si Marie nous est donnée en exemple, c’est bien parce qu’elle a toujours été plus forte que les différents obstacles qui se dressaient sur sa route. Dans l’Évangile, c’est Jésus lui-même qui nous adresse la parole et nous lance un appel précis qui pourrait être le mot-clé de ce premier dimanche de l’Avent : « Veillez ! » Cet impératif interroge notre rapport au temps. Veiller suppose en effet de se rendre disponible au-delà des diverses activités qui emplissent généralement nos journées, et quand nous manquons d’activités nous en inventons d’autres !

Le temps de l’Avent nous invite à lutter contre la course incessante de l’efficacité, du remplissage et de l’agitation. Être veilleur, cela signifie également que nous devons approfondir notre condition de disciple. Si nous voulons suivre le Christ, cela nous engage tout entier et pour toujours. Il n’existe pas de demi-mesure dans la vie chrétienne. Si le Christ nous appelle à veiller, c’est pour nous aider à comprendre que nous ne pouvons pas être ses disciples uniquement lorsque nous le décidons, lorsque nous y pensons ou lorsque cela peut nous être utile. La foi n’est pas une relation d’intérêt : elle est, au contraire, une relation d’amitié mutuelle avec le Christ qui nous envoie vers les autres, et en particulier vers ceux qui ne le connaissent pas encore. En accueillant tout à l’heure nos jeunes amis qui se préparent au baptême, je repensais précisément à cet appel à veiller. En effet, nous devons être pour eux comme le portier de l’Évangile qui attend à la porte de la maison et qui ne sait pas quand le Christ va se présenter. S’il ne veille pas, il a de fortes chances de manquer son retour. Or le Christ se présente à nous de multiples manières, nous l’avons entendu dimanche dernier, et il se présente à nous en particulier sous le visage de ceux qui demandent à rejoindre la famille des chrétiens. Il nous est demandé, par Jésus lui-même, de veiller et de nous tenir disponibles pour les accueillir. Imaginez qu’ils frappent à la porte de notre Église, ce qu’ils ont fait, et que personne ne soit là pour les accueillir !

C’est la raison pour laquelle nous sommes heureux, aujourd’hui, d’être ces veilleurs-là. Le temps de l’Avent est celui de l’attente mais d’une attente vigoureuse et joyeuse ! Déjà commence à luire la lumière de Noël qui jaillira d’un nouveau-né dont la faiblesse et l’innocence vont bouleverser l’histoire des hommes mais également l’histoire personnelle de chacun d’entre nous. Il n’est pas question de nous lancer dans de grands projets que nous ne tiendrons pas. Mais ce soir, nous partons ensemble sur un même chemin qui commence là où nous en sommes réellement et qui nous conduira devant la crèche où Dieu en personne nous attend. Amen.

Père Benoît Pierre

 

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