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 Dimanche 8 janvier 2012 Cathédrale Saint-Julien (messe des familles) Solennité de l’Épiphanie du Seigneur

Les mots que tu nous dis surprennent nos attentes.
Mais qui es-tu, Jésus, pour nous parler ainsi ?
Viens-tu aux nuits pesantes donner le jour promis ?
Es-tu celui qui vient pour libérer nos vies ?

 

pierre.jpgFrères et sœurs,

nous sommes sans doute nombreux ce matin à être sincères en pensant connaître les mages : à notre idée, ils étaient trois (l’un plutôt asiatique, l’autre plutôt africain et le dernier plutôt européen), ils étaient rois et se prénommaient Gaspard, Melchior et Balthazar. Or nous venons d’entendre l’évangéliste Matthieu nous raconter la visite qu’ils ont rendue à l’enfant-Jésus sans aucun de ces détails. Il nous faut donc penser que l’essentiel est ailleurs même si nous avons la liberté de les imaginer de telle ou telle façon. Du reste, il faut bien se les représenter pour les installer dans nos crèches. La fête que nous célébrons aujourd’hui porte ce nom à la fois beau et un peu étrange : l’Épiphanie. Ce n’est certes pas un terme qui fait partie de notre langage habituel mais il veut dire : manifestation de Dieu. C’est ainsi que ces hommes appelés mages ont été les témoins privilégiés d’une manifestation de Dieu. Mais de quelle manifestation s’agissait-il ?

Selon la belle formule de Benoît XVI, « l’Épiphanie est un mystère de lumière ». Et nous savons que cette lumière était attendue depuis de nombreux siècles par le peuple de Dieu qui avait connu tant d’épreuves et de souffrances. Enfin, voilà que cette lumière apparaît sous la forme d’une étoile qui brille dans la nuit. Or cette lumière du ciel désigne en réalité une autre lumière : Jésus lui-même en qui les mages vont reconnaître le Messie que l’on attendait et le Fils de Dieu qui va nous délivrer de toutes nos difficultés, y compris les plus lourdes. Nous ne savons pas grand chose des mages mais l’évangéliste Matthieu nous apprend qu’ils venaient de l’Orient. Autrement dit, ils arrivaient d’un pays lointain dans lequel le nom de Dieu n’était pas connu. Ces hommes-là ne croyaient pas en Dieu, du moins n’étaient-ils pas juifs. Ils avaient développé des croyances païennes étrangères à notre Dieu. Et pourtant, ce sont eux qui vont se précipiter à la crèche et présenter au monde entier le visage humain de Dieu qui s’invite parmi nous sous les traits d’un nouveau-né. Nous devons au moins être troublés par cette nouveauté inattendue : ce sont des païens qui nous ont précédés dans la foi. Aujourd’hui encore, nous pouvons être conduits vers Dieu par des personnes qui a priori s’en tiennent éloignées. Et à notre tour, nous devons également offrir à ceux qui nous entourent le cadeau le plus précieux : la confiance que nous plaçons en Dieu. Pour nous aider à emprunter ce chemin qui n’est certes pas toujours facile, nous bénéficions en particulier d’un exemple remarquable. Il s’agit d’un homme qui a été spécialement saisi par cette Lumière au point d’en être ébloui et aveuglé, alors qu’il marchait d’un pas vigoureux vers la haine, la vengeance et la violence. Cet homme s’appelait Saül de Tarse et sa vie a été bouleversé par une rencontre étonnante et singulière avec Jésus, le Christ dont il persécutait les disciples. Avant Saül, devenu Paul par le baptême, nombreux étaient ceux qui pensaient que la foi chrétienne s’adressait essentiellement aux membres du peuple juif. Or Paul annonce une nouvelle incroyable : « ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile ». À d’autres occasions, il soulignera que le Christ est venu abolir toute distinction entre les hommes. Nous devons absolument continuer à méditer ce choix de Dieu qui a d’abord élu un peuple particulier pour répandre ensuite son Nom et son Amour à toute humanité. C’est bel et bien cette conviction de foi, et non pas la fantaisie d’un instant, qui inspira à notre évêque la démarche Quo Vadis que nous avons accueillie avec joie et reconnaissance, quelles que soient les difficultés et les obstacles bien compréhensibles qui se dressent devant nous. Dieu n’est pas venu pour quelques-uns triés sur les volets, comme les membres d’un club, mais il est venu pour tous, absolument tous.

Enfin, il y a cette fameuse histoire de cadeaux que nous venons de symboliser par ce coffre apporté en procession et déposé devant l’autel. Les mages arrivèrent avec des cadeaux destinés à ce petit enfant. Avant de pouvoir les lui offrir, ils durent affronter la méchanceté du roi Hérode qui cherchait à les manipuler. Ils durent également subir le regard méfiant des prêtres et des scribes qui ne comprenaient rien à ce qui était en train de se passer. Enfin, ils furent conduits jusqu’à Jésus et ses parents. Devant lui, ils se sont prosternés et déposèrent les coffres qu’ils avaient transportés depuis leur pays lointain. On y trouvait de l’or qui signifiait la Royauté de Jésus, l’encens qui célébrait sa divinité et la myrrhe qui annonçait la souffrance de la Croix. À notre tour, nous sommes invités à nous demander ce que nous allons offrir à Jésus qui n’a pas besoin de notre argent ni de nos biens matériels. Mais il attend plutôt notre amour, notre fidélité, notre charité, notre espérance et même notre joie. Cela peut sembler un peu abstrait car ce sont de mots et pourtant nous savons bien qu’ils renferment des réalités très concrètes que nous essayons de vivre chaque jour. Au moment où nous échangeons des vœux pour cette nouvelle année, nous pouvons peut-être formuler celui d’offrir à Jésus notre vie tout entière, ce qui suppose à l’évidence de nous laisser habiter par Sa Parole et par Son appel.

Les mages nous ont appris, par l’exemple de leur disponibilité, que la foi en Dieu est un cheminement qui ne s’interrompt jamais et qui transforme en profondeur notre existence. Du reste, ils n’ont pas séjourné longtemps dans la crèche mais ils sont repartis chez eux où nous pouvons penser qu’ils ont permis au Nom de Jésus de résonner en terre païenne. Or nous avons parfois la tentation de nous comporter en sujets passifs comme si la foi était un bien acquis une fois pour toutes. Le dynamisme missionnaire de l’Église n’est pas le fait du courage de quelques-uns ni des compétences - somme toute bien dérisoires - des ministres ordonnés à cet effet. Au contraire, il dépend de chacun d’entre nous. Et nous recevons avec joie cet encouragement si bien formulé par le frère Aloïs, prieur de la communauté de Taizé : « En venant sur la terre, Jésus a manifesté l’amour infini de Dieu pour tous les humains, de toutes les nations. Il a inscrit le oui de Dieu au plus profond de la condition humaine. Dieu nous accueille tous tels que nous sommes, avec ce qui est bon, mais aussi avec nos obscurités, et même nos fautes. Nous apprenons à accepter que nous sommes des pauvres de Dieu. Et depuis lors, nous ne pouvons plus désespérer ni du monde ni de nous-mêmes ».

Amen.

Père Benoît Pierre