Cathédrale du Mans | Notre Dame de la Couture

Méditons la Parole de Dieu avec le Chanoine Sesboüé

4ème Dimanche du Temps Ordinaire

Pendant de nombreuses années, les paroissiens ont bénéficié des homélies et enseignements du Chanoine Sesboüé, exégète, ancien professeur au Séminaire et intervenant à la Formation permanente du diocèse. Après son retrait des activités paroissiales il a pris le temps de collecter et relire toutes ses homélies des trois années liturgiques. A partir du temps de l’Avent de cette Année A, chaque dimanche, nous nous réjouissons de méditer avec  lui la Parole de Dieu.

Le bonheur promis par Jésus

 

 

Il est remarquable que la prédication de Jésus commence par une proclamation de bonheur. Ce bonheur, appelé souvent paix dans la Bible, n’est pas de l’ordre des joies, même légitimes, que notre vie terrestre peut nous apporter. Je vous donne ma paix, nous dit Jésus, non comme le monde la donne. Le bonheur du disciple se situe au niveau de la communion profonde avec le Dieu d’amour, révélé en son Fils, notre Seigneur et notre frère. C’est ce que l’Évangile appelle le Royaume des cieux, inauguré sur cette terre. Dans le texte de saint Matthieu, les béatitudes sont à tonalité fortement spirituelle : elles énoncent les attitudes, les vertus qui caractérisent les « fils du Royaume ». En fait, ce sont les vertus de Jésus lui-même que chaque disciple est appelé, avec sa grâce, à reproduire en lui. Nous pouvons grouper ces béatitudes autour de trois lignes de force : l’humilité, le désir de Dieu, le souci des autres.

1) L’humilité.

Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux ; heureux les doux car ils recevront la terre en héritage.

Tout au long de la Bible, éloge est fait des cœurs humbles, de ceux qui se savent petits devant Dieu, dépendants de lui, et qui attendent tout de son amour. Cette attitude fondamentale du croyant s’exprime par plusieurs termes, souvent synonymes : humbles, pauvres, doux, petits. Ces deux premières béatitudes concernent l’humilité par ces termes pauvres en esprit (c’est-à-dire intérieurement) et doux. Il s’agit de ceux qui se savent profondément petits, disponibles à recevoir la Parole de Dieu et à en vivre. L’humilité est la porte d’entrée dans le Royaume.

 

2) Le désir de Dieu.

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les affligés, car ils seront consolés. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.

La faim et la soif, comme dans les psaumes, désignent le désir de Dieu.

Mon être a soif du Dieu vivant

Sans ce désir profond, aucun progrès n’est possible. Le désir spirituel n’est pas un vague sentiment d’attirance vers ce qui est religieux, c’est l’orientation de la volonté qui veut rejoindre Dieu, en fait par l’imitation de Jésus. La justice est ici la perfection réalisée en sa personne. La grâce de ce désir qui se traduit par l’effort spirituel est toujours à demander.

Les affligés, dont parle ici Matthieu ne sont pas seulement ceux qui pleurent de leurs propres souffrances. Le mot évoque, dans le contexte biblique, ceux qui souffrent de voir Dieu mal accueilli, mal aimé et qui ne lui font pas de place dans leur vie. Les affligés témoignent aussi du désir de Dieu en souffrant de voir ce désir absent de trop de cœurs.

Quant aux cœurs purs, ils sont aussi désireux d’être totalement dociles à la volonté divine.

3) Le souci des autres

Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.

Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.

Les artisans de paix ne sont pas seulement les ministres de la réconciliation entre les hommes, mais, selon le sens biblique de paix, des porteurs de bonheur. Créer la joie, le bonheur autour de soi, y compris en contribuant au progrès spirituel des autres, telle est la mission des disciples de Jésus. Elle suppose beaucoup de disponibilité, le renoncement à l’égoïsme qui renferme le cœur sur lui-même. Elle traduit la loi d’amour : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.

Pour que cet amour dure dans le temps et se renouvelle toujours, il est nécessaire d’exercer le pardon qui seul peut triompher des inévitables frictions de la vie en commun. Aussi, en faisant l’éloge des miséricordieux, Jésus appelle-t-il ses disciples à pardonner, à l’image du Dieu d’amour. Il est remarquable que dans l’Ancien Testament, le concept de miséricorde n’est appliqué qu’à Dieu. La nouveauté de la loi évangélique, c’est d’appeler les hommes à être les ministres visibles de la réconciliation. Plusieurs paraboles illustrent ce thème.

Que cette belle litanie des béatitudes, en remettant sous nos yeux la figure de Jésus doux et humble de cœur, assoiffé du désir de plaire à son Père, riche de son amour miséricordieux, nous invite à imiter notre Maître pour y trouver le vrai bonheur.

Et, avant ce Carême tout proche, nous pourrons nous poser les grandes questions : suis-je vraiment humble, disposé en particulier à accepter les appels que Dieu m’adresse par l’Évangile et l’Église de son Fils ?

  • Ai-je vraiment ce désir de justice, c’est-à-dire de progrès spirituel qui demande une reconversion émotionnelle, dans la confiance et la paix ?
  • Ma charité envers les autres est-elle miséricordieuse, c’est-à-dire prête à pardonner les offenses ou blessures reçues, sachant que le pardon n’est pas justification de l’autre, mais la victoire de l’amour qui veut toujours son bien !

Alors nous ferons une bonne marche vers Pâques, les yeux tournés vers Jésus, pour l’imiter jour après jour.

Saint Augustin nous le rappelle :

Imitez celui qui a dit : mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur.

Imitez celui qui a dit : ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé.

Imitez celui qui porte secours à celui que blessèrent les voleurs et qui gisait sur le chemin…

Amen.